| |
|
Les articles du n°
98 |
|
"La capoeira, c'est tout une histoire" |
|
|
La Capoeira, vous connaissez ? Sous ce nom exotique se cache un cocktail détonnant, mêlant art martial, danse, acrobaties, musique et chant… Née au Brésil il y a plus de 400 ans, cette pratique unique en son genre connaît aujourd'hui un véritable engouement dans le monde entier, et notamment en France. Un phénomène culturel contagieux, qui touche aussi l'Ille-et-Vilaine.
|
|
|
|
|
Pratiquée aujourd'hui dans plus de 150 pays, de plus en plus médiatisée, la capoeira s'est longtemps développée dans l'ombre et la clandestinité. Né au Brésil au XVIe siècle, ce sport de combat artistique est, à l'origine, l'instrument de la transmission d’une histoire et d’une révolte. Sous l'apparence inoffensive d'une danse tribale, la capoeira était en réalité une redoutable technique de combat, mise au point par les esclaves africains pour se libérer de leurs chaînes. Après l'abolition de l'esclavage, en 1888, sa pratique commença à dégénérer. Utilisée dans les combats de rue et par les "malandros" (voleurs), la capoeira fut bientôt interdite, sans disparaître pour autant. Ce n'est qu'en 1937 que, réhabilitée, elle fut officiellement autorisée par le gouvernement brésilien. Reconnue pour sa valeur culturelle, éducative et artistique, la capoeira fait désormais partie du quotidien brésilien : les jeunes la pratiquent dans la rue, à la plage, elle est enseignée dans les écoles, les universités… Si bien qu'elle est devenue le deuxième sport national, après le football !
Installés à Combourg depuis trois ans, Armando Pekeno et Michelle Brown sont deux figures incontournables de la capoeira en Bretagne. Danseurs et chorégraphes professionnels, ils ont posé leurs valises à Rennes en 1997, où ils ont fondé l'association Ladainha, pour développer leurs projets artistiques. Né à Salvador de Bahia, au Brésil, Armando pratique la capoeira depuis son plus jeune âge. Quant à Michelle, danseuse anglaise formée à l'école Laban, elle a découvert cette discipline il y a 20 ans… et n'en a jamais décroché. Tous deux enseignent la capoeira dans diverses associations, à Rennes, Saint-Domineuc, Combourg… et interviennent sur toute la Bretagne. En 2007, ils ont été promus "mestres", le plus haut grade de cette discipline. Une reconnaissance pour le travail accompli !
"La roda est l'élément le plus caractéristique de la capoeira", nous explique Armando. La roda, c'est le cercle que forment les chanteurs et musiciens pour délimiter l'aire de jeu, le lieu de la danse-combat, c'est aussi la parfaite illustration de l'esprit communautaire de ce rituel. "Chacun est tour à tour musicien, chanteur, danseur". Traditionnellement, une roda (capoeira Angola) comprend plusieurs instruments : trois berimbaus (arc musical), deux pandeiros (tambourin), un atabaque (tambour), un reco-reco (que l'on racle avec une baguette) et un agogô (constitué d'une ou plusieurs cloches). C'est le berimbau le plus grave qui décide du rythme de la musique, et donc du ton du jeu. Il y a des rythmes spécifiques, des codes… Il y a un aussi chanteur, qui improvise en fonction de ce qu’il voit, des individus présents, de l’ambiance... Il lance un couplet et le chœur chante le refrain. Les chants peuvent appeler au calme, stimuler, donner des conseils, lancer des avertissements…"Ce sont des chansons populaires brésiliennes très simples", rassure Michelle.
Une philosophie de vie
Le capoeiriste doit savoir interpréter le rythme et les chants afin de produire le jeu qui corresponde au message. "La capoeira, c'est à la fois simple, parce que c'est ludique, et complexe, parce que c'est tout une histoire, un héritage. À l'origine, elle était faite pour s'évader physiquement et mentalement. Il y a des choses que l'on ne peut pas enseigner, mais qu'il faut comprendre avec le temps". Le respect de l'autre, la maîtrise de soi, sont ici essentiels. Le but n'est pas de vaincre l'adversaire, mais de dominer le jeu. Il n'y a ni gagnant ni perdant. Généralement, les coups ne sont pas portés… mais tout dépend de l'état d'esprit du capoeiriste. "Moi, je ne considère pas la capoeira comme un combat, mais plutôt comme un dialogue entre deux personnes", confie Armando. Il est vrai que, quand on parle de capoeira, on ne parle pas de combat, mais de jeu. Qu'elle soit exercée dans un but sportif, culturel, ludique ou thérapeutique, la capoeira constitue un excellent exutoire, qui permet de développer agilité, réflexes, confiance en soi, maîtrise de ses émotions… "Pour moi, c'est un peu comme si on relâchait une soupape et que toute la pression s'évacuait", confie Michelle. Improvisation, feintes, fluidité et mouvements déstabilisants font toute l’âme de ce sport hors du commun."On tombe, mais on se relève avec le sourire et on continue à jouer. C'est comme dans la vie, tu peux te retrouver à terre, mais il faut te relever, le jeu n'est pas fini".
L'initiation à la capoeira comprend donc l’enseignement des mouvements de bases, de rythmes musicaux et de chansons traditionnelles, mais aussi quelques éléments de son histoire pour mieux appréhender sa culture, ses rites, sa philosophie. Depuis sa création, l'association Ladainha a déjà formé onze professeurs, qui volent aujourd'hui de leurs propres ailes et enseignent aux quatre coins de la Bretagne, "sans couper le cordon ombilical", souligne Armando. De là est née l'idée de créer un réseau régional de capoeira, afin d'initier, de développer et d'échanger autour de cette discipline en évolution perpétuelle : la Coopérative bretonne de capoeira (CCB).
Les capoeiristes forment, en effet, une grande famille. Une fois par an, la CCB organise une rencontre internationale, qui regroupe plusieurs mestres de capoeira, enseignant dans différents pays, et des pratiquants de tous niveaux venant de toute la Bretagne. "Le but est de montrer la capoeira et ses diverses facettes sous un angle plus culturel, et de promouvoir un état d'esprit ouvert et amical". La prochaine rencontre internationale se déroulera à la MJC de Saint-Domineuc les 13 et 14 février, et se poursuivra à Rennes, au Triangle, du 15 au 19 février. L'occasion pour le public de découvrir la capoeira !
Joëlle Le Dû
• Contact : Coopérative bretonne de Capoeira, 06 99 02 78 64.
|
|
|
|